La thérapie avant les pilules
Le Soleil, lettre au lecteur, 20 janvier 2010 par Paul Loubier, psychologue, et administrateur Association des psychologues du Québec
L'écho important accordé à l'étude démontrant le peu d'effet des antidépresseurs, lorsqu'il s'agit de traiter une dépression légère ou modérée, ne surprend pas les psychologues.
Nous sommes habitués de traiter des personnes affectées par des symptômes dépressifs, d'intensité variée, et il est reconnu par une part significative des médecins que dans les cas non sévères, la psychothérapie est le premier choix.
Ce type de traitement a l'avantage de remettre la personne en charge de sa santé mentale en l'amenant à mieux comprendre comment les stresseurs présents dans sa vie peuvent l'affecter. Le processus thérapeutique permet alors d'installer de nouvelles manières de composer avec ces stresseurs et d'en retirer, la plupart du temps non seulement un soulagement des symptômes mais en plus un sentiment de satisfaction plus grand, dans les sphères importantes de sa vie. De plus, le traitement psychologique a l'avantage d'apporter aux personnes affectées par la dépression des notions et des moyens qui continueront à leur être utile longtemps après la disparition de l'état dépressif pour lequel elles ont consultées.
Quant à la question des coûts face à la dépression, il semble qu'un déséquilibre existe quant aux sommes allouées aux divers traitements pour cette maladie. En effet, si la couverture d'assurances pour la médication permet, au Québec, de défrayer les coûts d'une médication parfois abondante et de longue durée, il en est autrement des traitements psychothérapeutiques. Dans le réseau public, le nombre d'entrevues possible pour une dépression est très restreint, parfois à seulement six séances. Du côté du privé, il n'est pas rare que des gens ne disposent que d'un plafond annuel de 300$ ou 500$, alors que ce montant ne permettra pas plus de six ou huit entrevues, en fonction du pourcentage remboursé. Ne serait-il pas temps que l'on octroie une plus grande part de nos ressources à la psychothérapie, puisque dans les deux tiers des cas de dépression, il s'agit du traitement de premier choix? Les protocoles d'intervention adaptés à la dépression demandent que l'on puisse voir le patient de dix à quinze fois pour qu'une action thérapeutique valable soit apparue. C'est là un objectif thérapeutique et financier qu'il est très raisonnable de viser.
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