Des propos jugés méprisants
Le Soleil / Photo : La Photothèque La Presse - Les propos du sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, qui tient les efforts de désinstitutionnalisation au Québec en partie responsables du drame de Saint-Romain, sont considérés comme méprisants pour toutes les personnes ayant un problème de santé mentale, rétorque un organisme qui défend leurs droits.
La coordonnatrice de l'organisme Auto-Psy, région de Québec, Francine Genest, considère d'une «tristesse inouïe» les gestes posés par Pascal Morin.
Mais elle ne peut s'empêcher de voir de la récupération politique dans le discours du sénateur Boisvenu, qui demande à l'État québécois de faciliter la tâche des familles et autorités policières qui veulent forcer des psychiatrisés à recevoir des traitements.
«C'est comme si on prenait pour boucs émissaires toutes les personnes vivant avec un problème de santé mentale. On trouve ça démagogique de prendre ce fait [le triple meurtre de Saint-Romain] et de dire qu'on devrait institutionnaliser. C'est entretenir des préjugés. C'est l'équivalent de dire que les problèmes de santé mentale égalent dangerosité et criminalité.»
Pour appuyer sa déclaration, M. Boisvenu avance que 7900 personnes au Canada entre 1992 et 2004 ont été évaluées inaptes à subir leur procès ou ont été jugées non criminellement responsables, selon ses compilations faites à partir de chiffres du ministère de la Justice du Canada. De ce nombre, 45 % des cas étaient devant des tribunaux québécois.
À ce propos, la criminaliste Me Lucie Joncas, qui a écrit sur les personnes atteintes de troubles mentaux et le droit criminel, rappelle que ces personnes jugées inaptes ou reconnues non criminellement responsables représentent une «infime minorité» des gens qui se présentent devant les tribunaux.
La juriste insiste pour dire que l'une ou l'autre de ces situations ne constitue pas pour autant une remise en liberté sans condition. Il y a des conséquences. «Le tribunal a le choix d'envoyer ces gens en milieu hospitalier, les libérer avec des restrictions sévères ou sans restriction», dépendant du crime commis.
Une défense mieux adaptée
Avec le temps, soutient-elle, la défense de non-responsabilité est devenue beaucoup plus adaptée aux réalités médicales et évite les abus.
«Avant, on envoyait les gens systématiquement en institution.» Même s'il y a des problèmes de prise en charge de certaines des personnes atteintes, admet Me Joncas, la désinstitutionnalisation n'est pas la cause de tous les problèmes.
Jean-François Néron/ Le Soleil
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