Joseph-Anne St-Hilaire est directrice de l'Autre Versant, qui accueille des adultes vivant avec des problèmes émotionnels et de santé mentale. L'organisme compte 25 participants au programme Interagir. Parmi eux, certains oeuvrent notamment au Centre d'interprétation de la nature du lac Boivin, à Épilepsie Granby et dans des bibliothèques scolaires. Une bonne douzaine travaille directement dans les locaux de l'organisme, à l'entretien extérieur, intérieur, dans les cuisines, à l'accueil, etc.
"Le programme devait finir en mars, mais ça a été reporté au 29 avril. Il y a beaucoup de pourparlers à Québec", constate Mme St-Hilaire avec un brin d'espoir.
Elle se préoccupe de l'avenir de ces personnes si on les laisse à elles-mêmes. "Il n'y a rien d'adapté offert à ces gens-là. La plupart se retrouveront devant rien, dit-elle. On s'en prend encore aux personnes démunies en santé et financièrement. On les condamne à l'isolement et à la pauvreté."
Cette semaine, Mme St-Hilaire a dû se résoudre à annoncer la cessation du programme aux participants. "Il y en a qui pleuraient. Ils sont inquiets, déçus." Spontanément, ils ont choisi d'écrire des lettres individuelles pour raconter leur petite histoire. Celles-ci seront envoyées aux ministères concernés.
"On est en sursis"
Depuis plus d'un an, un participant d'Interagir travaille aussi comme aménagiste au Centre d'interprétation de la nature. Le directeur de l'endroit, Mario Fortin, suit le dossier. "On entend des murmures sur la fin du programme. On attend de voir ce qui va se passer. Mais c'est une ressource importante qu'on perdrait", dit-il en vantant les mérites de son employé, qui est présent au Centre trois jours par semaine. "C'est quelqu'un de fiable qui fait bien son travail."
Au Centre Alpha de Granby, un organisme d'alphabétisation, six personnes cinq femmes et un homme bénéficient du programme Interagir. Bénéficiaires de l'aide sociale, la plupart suivent le programme depuis déjà trois ans, à raison de 20 heures de cours par semaine.
Si le programme est aboli, croit la directrice Nicole Hébert, les étudiants continueront de fréquenter le centre, mais seulement quelques heures par semaine, ce qui ralentira leur apprentissage.
"On est en sursis; on a étiré le délai d'un mois. Mais je trouve ça très triste pour les participants, car il y a une symbiose qui s'est créée entre eux."
Vers le marché du travail
Le programme Interagir aide les personnes pour qui l'accès au marché du travail ne peut être envisagé qu'à long terme. Les participants profitent d'une allocation de 130 $ par mois, à laquelle s'ajoute une prestation de 76 $ pour assurer leur transport. Ils travaillent ou étudient en moyenne 20 heures par semaine.
Comme le souligne le Réseau alternatif et communautaire des organismes en santé mentale de l'île de Montréal (RACOR), le programme Interagir a permis à des gens d'augmenter leur estime personnelle, de donner un sens à leur vie, de mieux structurer leur quotidien, d'avoir la possibilité de redonner à la société, d'avoir enfin une valorisation sociale positive, de vivre une continuité avec un réseau social et même, dans certains cas, de diminuer la médication et le nombre d'hospitalisations.
Le RACOR fait des pressions pour qu'Interagir soit remplacé par un programme semblable. Le gouvernement prévoit instaurer sous peu le programme ACTION, plus restrictif aux yeux des organismes du milieu.
"Nous demandons que tous les participants actuels conservent leur droit de participation à ce type de programme et que cette accessibilité soit élargie à d'autres participants", exhorte le RACOR.
Non fondé, dit la ministre
Au bureau de la ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Julie Boulet, on affirmait hier que toutes ces préoccupations n'étaient pas fondées. "Peut-être que ça a été mal transmis ou mal expliqué. Il y a une incompréhension sur le terrain et on veut rectifier le tir. Personne ne sera coupé. Ils doivent se fier à la parole de la ministre", a assuré son attaché de presse, Nicolas Murgia, en précisant que tous les organismes touchés par le programme Interagir allaient être contactés d'ici le 31 mars prochain.
En décembre dernier, en effet, devant les inquiétudes exprimées par le milieu, la ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Julie Boulet, avait déclaré en Chambre qu'aucune personne accompagnée par le programme d'aide n'allait être retirée du programme, qu'elle continuerait d'être accompagnée et d'être soutenue par Québec.
Qu'à cela ne tienne, quelques intervenants du milieu communautaire local ont rendez-vous lundi avec le député adéquiste de Shefford, François Bonnardel, pour discuter de la situation.

