Santé/Santé mentale

Comprendre les médicaments psychotropes

Le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) a produit une série de livrets en français et en anglais pour aider à mieux comprendre les médicaments psychotropes, leurs effets et leurs rôles dans le traitement des problèmes de santé mentale. Ils peuvent servir à informer et aider les gens à discuter de leur médicament avec leur médecin ou encore aider la famille et les amis à comprendre l'utilisation de ces médicaments et leurs effets.

Livrets de la collection:

Les antidépresseurs

Les antipsychotiques

Les benzodiazépines

Les psychorégulateurs

Source: Centre québécois de documentation en toxicomanie

De l'importance des recherches sur les impacts du changement climatique pour la santé mentale

Il semblerait que le changement climatique ait un impact important sur la santé mentale partout dans le monde; pourtant, écrivent Lisa Page et Louise Howard de l'institut de psychiatrie au King's College de Londres (Royaume-Uni), les recherches dans ce domaine important sont loin d'abonder. Dans un éditorial de la revue Psychological Medicine, elles déclarent que cette situation doit rapidement évoluer «afin que les décideurs politiques en matière de santé mentale puissent prévoir l'impact du changement climatique sur la santé mentale».

De plus en plus de recherches relatives aux impacts du changement climatique sur la santé voient le jour, et on estime qu'il est responsable de près de 150 000 décès chaque année (un chiffre qui devrait augmenter au cours des décennies à venir).

Bien que l'on admette aujourd'hui les effets du changement climatique sur la santé mentale, les auteurs font remarquer que «ces effets sont principalement évoqués en termes vagues et rarement par les personnes largement impliquées dans la recherche ou la politique de santé mentale. Il est peu probable que le problème de la santé mentale soit à l'ordre du jour de la conférence de Copenhague.»

D'après les Drs Page et Howard, les effets du changement climatique «se répercuteront principalement sur les personnes prédisposées aux problèmes psychologiques, mais on verra également une augmentation de la charge globale des maladies mentales dans le monde».

Par exemple, les catastrophes naturelles risquent d'augmenter en raison du changement climatique. Les problèmes de santé mentale tels que les troubles de stress post-traumatique, la dépression et d'autres maladies mentales sont relativement courants à la suite de ces catastrophes, naturelles ou d'autres.

En outre, comme on l'a constaté après le cyclone Katrina aux États-Unis, «on observe souvent une diminution importante des soins médicaux et psychiatriques apportés aux personnes souffrant de maladies mentales préexistantes dans les périodes suivant une catastrophe, au moment où ils en ont malheureusement le plus besoin», font remarquer les chercheurs.

Les vagues de chaleur feront également de nombreuses victimes chez les personnes souffrant de maladies mentales, étant donné que l'abus de psychotropes et de substances constitue un facteur de risque important dans les décès imputables aux vagues de chaleur. «En outre, des mécanismes inadaptés permettant de gérer les situations difficiles et le mauvais état des logements attribués contribueront à rendre plus vulnérables les personnes souffrant de problèmes mentaux», poursuivent les auteurs. Enfin, nous disposons de «preuves importantes» que les taux de suicide augmenteront une fois qu'un certain seuil de température sera dépassé.

Beaucoup de maladies infectieuses devraient se multiplier à mesure que le climat se réchauffe, ce qui affectera probablement aussi notre santé mentale, préviennent les chercheurs. Pendant des épidémies, on a constaté chez les patients infectés et dans la population en général des cas de détresse psychologique, d'anxiété et de stress traumatique.

L'élévation du niveau des mers obligera des millions de personnes vivant dans les régions côtières à déménager. Les régions affectées par les inondations et les sécheresses ou par d'autres conditions climatiques extrêmes connaîtront des exodes de masse. «Les vagues massives de migration mèneront indéniablement à une plus grande charge de maladies mentales chez les populations affectées», préviennent les chercheurs, en ajoutant que les conflits constituent un autre vecteur potentiel de migration.

Un autre problème est que les services de santé mentale dans les pays à revenus faibles et moyens sont déjà terriblement inappropriés. Le Drs Page et Howard craignent que ces services «ne constituent pas une priorité dans l'éventualité d'une crise économique résultant du changement climatique.»

Les chercheurs concluent que les professionnels de la santé mentale doivent approfondir les recherches sur le sujet au plus vite. «Il est indispensable de collaborer avec d'autres disciplines», écrivent les auteurs. «Il nous faudra sans doute travailler avec des climatologues, des géographes, des épidémiologistes de l'environnement, des modélisateurs et des spécialistes du développement pour planifier et réaliser des recherches pertinentes sur ces sujets.»

Le Dr Page ajoute: «Le changement climatique est au coeur des débats [...] à la conférence de l'ONU à Copenhague. Les délégués discuteront des effets du changement climatique et des réponses possibles des gouvernements internationaux, mais nous craignons que les effets du changement climatique sur la santé mentale ne fassent pas l'objet d'une grande attention, ce qui pose un risque important pour la santé mentale de millions de personnes dans un futur relativement proche.»

Pour de plus amples informations, consulter:

Psychological Medicine
Institute of Psychiatry
 

 

DOSSIER Cyberdépendance: nouvelle < maladie > ou nouveau symptôme?

Il y a l'alcoolisme, le jeu et les drogues. Mais les psychologues voient aussi depuis peu arriver des cas graves de cyberdépendance. La Presse a visité le premier centre de désintoxication en Amérique du Nord destiné spécifiquement aux gens pour qui le monde virtuel s'est transformé en problème bien réel.

Émilie Côté, La Presse, 01 février 2010, illustration La Presse

ReStart est situé au milieu des bois, pas très loin de Seattle, au pied des montagnes de l'État de Washington. Autour de la maison, baptisée Heavensfield, il y a une fermette, un jardin, une salle de relaxation, un mur d'escalade et des sentiers dans les bois. Mais surtout, il n'y a aucun ordinateur. Nous sommes dans un centre de désintoxication pour les accros du web.

«Ici, on se sent loin de tout, et tout est fait pour qu'on aie envie d'aller dehors», explique Cosette Dawna Rae, propriétaire de la maison.

ReStart est le premier -et seul- centre en Amérique du Nord destiné aux gens qui souffrent de cyberdépendance. On peut y accueillir des patients accros aux jeux en ligne, au chat, aux achats sur eBay ou encore au BlackBerry. «Tout cela a le potentiel de créer une dépendance, et cette dépendance peut faire des ravages», indique la Dre Hilarie Cash, qui a fondé le centre avec Mme Rae.

La psychologue s'intéresse à la dépendance à l'internet depuis 1994. «Mon premier client jouait à Donjons et dragons. Ma deuxième était une femme mariée qui avait une aventure extraconjugale en ligne», raconte l'auteure du livre Video Game&Your Kids.

Quant à Mme Rae, elle a travaillé en programmation, est devenue conseillère et éducatrice en informatique, puis thérapeute. «Je parlais à des familles. Un de mes clients n'allait pas à l'école depuis trois ans parce qu'il jouait à World of Warcraft.»

Elle a aussi rencontré un jeune adulte qui avait abandonné ses études et qui ne quittait pratiquement plus sa chambre. «Tellement qu'il a pris du poids et qu'il a fait des plaies de lit, raconte-t-elle. La population en général ne sait pas à quel point la cyberdépendance peut être un problème.»

«Je ne peux pas croire que notre enfant s'est rendu là», confient des parents. Au début, le jeune semble sage. Son père et sa mère sont rassurés de le voir dans sa chambre devant son portable plutôt que dehors à faire des mauvais coups.

Mais à la longue, les parents deviennent frustrés de voir leur enfant hypnotisé par un ordinateur. «Ils le confisquent à leurs enfants et c'est là qu'ils voient qu'il y a un problème. Leur enfant pique une crise et leur dit que sa vie sera gâchée sans ordinateur», explique la Dre Cash.

D'un essai gratuit à la désintox

ReStart a ouvert ses portes au mois d'août dernier. Depuis son ouverture, le centre a accueilli sept patients mais reçu des centaines d'appels. Le premier était un jeune de 19 ans, Ben Alexander, que nous avons interviewé.

Tout a commencé par une publicité: essai gratuit de 10 jours. Ben a décidé d'essayer le jeu World of Warcraft (WoW), un jeu dit «de rôle en ligne massivement multi-joueurs» (connu sous l'acronyme anglais MMORPG), qui se déroule dans un univers médiéval fantastique. Les joueurs de partout sur la Terre ont un avatar et interagissent entre eux. Ils évoluent dans un monde virtuel qui n'a pas de fin et qui continue à exister lorsqu'ils ne sont pas connectés. Ce n'est pas comme un jeu dont on doit franchir des étapes.

«Le jeu te récompense quand tu joues beaucoup. Plus tu joues, plus ton personnage est bon. Et les gens te respectent quand tu es bon, explique Ben. C'est très social. On clavarde avec les autres joueurs.»

Ben a commencé à jouer durant l'été, avant ses études au collège. Mais à la fin, il jouait presque 17 heures par jour dans sa chambre, à la résidence de l'Université de l'Iowa. «Je mangeais un ou deux repas par jour et je jouais jusqu'à ce que je m'endorme sur mon clavier, raconte-t-il. J'ai réalisé que c'était un problème quand mes professeurs m'ont dit que j'allais échouer. L'école avait toujours été importante pour moi. Je veux faire de la recherche en biologie.»

Le jeune Américain a demandé de l'aide à ses parents, qui habitent au Colorado. Il a fait plusieurs thérapies, pour finalement aboutir à ReStart.

Aujourd'hui, Ben Alexander, timide de nature, a compris: «Pour moi, socialiser en ligne était plus facile que dans la vraie vie. Je me sentais moins vulnérable, confie-t-il. Le jeu n'était pas la source du problème. C'était un symptôme. Cela aurait pu être autre chose.»

Ben travaille actuellement dans un centre de ski au Colorado. Il utilise toujours l'ordinateur, mais il ne joue plus à WoW. Il a beaucoup apprécié sa thérapie à ReStart, dans la famille de Cosette.

Cela vaut-il 14 500$?

Ben croit que oui: «Ça vaut la peine. Si tu regardes d'autres programmes, ce n'est pas cher. Tu paies pour avoir ta vie en retour.»

Oui, les 45 jours de thérapie à ReStart coûtent 14 500$. Le centre, qui accueille un maximum de six patients en même temps, a eu beaucoup d'attention médiatique - dont un article dans le Journal de l'Association médicale canadienne -, mais il a aussi essuyé beaucoup de critiques de la part de la communauté scientifique.

Un «nouvel animal»

Le Centre Dollard-Cormier mène présentement des recherches sur la cyberdépendance. La directrice scientifique Louise Nadeau est contre l'idée d'un centre privé comme ReStart. «Si demain matin je voulais devenir riche, j'ouvrirais un centre», lance-t-elle.

Selon Mme Nadeau, il faut être prudent dans le traitement de la cyberdépendance, car c'est «un nouvel animal» dont on ne saisit pas encore toute la complexité. «La première fois que j'en ai entendu parler, c'était par un collègue de Paris, Marc Valeur, raconte-t-elle. Il avait comme patient un jeune de 22 ans qui jouait à World of Warcraft et qui était enfermé dans sa chambre depuis deux ans. Il était coupé de la réalité et de toute forme de socialisation. Il parlait de ses avatars comme de vrais personnages avec un langage moyenâgeux.»

En Chine, un jeune homme obèse de 26 ans est même mort en jouant à WoW. Pendant la relâche du Nouvel An, il a fait un marathon en ligne d'une semaine et son coeur a lâché.

«Mais des cas comme ça, il y en a très peu», souligne Louise Nadeau.

VOIR AUSSI:

Cyberdépendance: s'oublier derrière son avatar

La cyberdépendance méconnue

Consulter un site porno, une maladie?

L'avatar, au service de «la vie rêvée des gens»

 

Cyberdépendance: isolés dans un monde virtuel

EXTRAIT: Le Centre québécois de lutte aux dépendances est d'ailleurs à la recherche de personnes devant composer avec la cyberdépendance d'un proche. «On cherche à connaître les besoins des proches, savoir comment ils vivent la situation, ce qu'ils ont essayé comme solutions», explique Hélène Letellier, agente de recherche au CQLD. Le centre souhaite réaliser des entrevues téléphoniques (confidentielles) sur le sujet, afin d'offrir une documentation expliquant comment il est possible d'aider un proche cyberdépendant.

Pour joindre le Centre Dollard-Cormier, institut universitaire sur les dépendances : (514) 385-0046

Pour joindre le Centre québécois de lutte aux dépendances : info@cqld.ca, ou (514) 389-6336.

 

 

 

Faut-il sauver Santé Mentale au Québec ?

Le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture refuse de la financer depuis 2003. Le ministère de la Santé et des Services sociaux lui accorde un financement non récurrent pour l’année 2009-2010, mais a manifesté son intention de ne plus la financer. Comment expliquer l’incompréhensible ? Si vous êtes en désaccord avec les décisions du FQRSC et du MSSS, signez la pétition et faites part de vos commentaires.

PÉTITION EN LIGNE
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En 1976, le Centre de santé mentale communautaire de l’hôpital Saint-Luc organise le premier colloque de psychiatrie de secteur. Durant les délibérations, les participants manifestent le besoin d’un organe de diffusion des expériences en cours dans le champ de la santé mentale. À l’aide du léger surplus de ce colloque et d’une contribution financière de professionnels, le Centre de santé mentale communautaire édite le premier numéro de Santé mentale au Québec en septembre ‘76 avec le double désir de faire connaître les expériences et les recherches en cours dans le champ de la santé mentale, et de faciliter les échanges entre les divers intervenants du milieu de la santé mentale. Pour bien démontrer la volonté d’innover qui animera Santé mentale au Québec, les fondateurs donnent à la revue le sous-titre Vers une nouvelle pratique. Voulant aussi Santé mentale au Québec multidisciplinaire, les fondateurs soulignent que cette volonté d’innover passe par les échanges entre les praticiens et les chercheurs oeuvrant dans le champ de la santé mentale. Sans exclure aucune orientation, la revue Santé mentale au Québec privilégie une approche sociale de la folie, associée à une approche clinique permettant de comprendre l’homme dans son milieu. Et pour illustrer l’humanisme sous-jacent à Santé mentale au Québec, les fondateurs font appel à un artiste, Louis-Pierre Bougie, pour illustrer la page couverture.

Centrée au début sur les travaux des intervenants du Centre de santé mentale communautaire, Santé mentale au Québec élargit par la suite son bassin de collaborateurs et collaboratrices qui s’élèvent maintenant à plus de 2000. Ces collaborateurs et collaboratrices représentent toutes les professions qui s’intéressent à la santé mentale sans oublier les bénévoles et les usagers eux-mêmes qui trouvent dans la revue une voix accueillante à l’expression de leurs expériences. En plus des collaborateurs et collaboratrices québécois et canadiens, la revue recrute des collaborateurs et collaboratrices provenant de d’autres pays afin de concrétiser à un niveau international son ouverture. Ainsi, les collaborateurs et collaboratrices proviennent de plus de quarante pays. Les collaborations sont aussi institutionnelles car Santé mentale au Québec publie conjointement certaines éditions avec d’autres revues européennes.

Santé mentale au Québec a un statut de revue scientifique qui fonctionne avec un comité de lecture externe et un comité de rédaction. Le comité de rédaction est multidisciplinaire et représente le milieu de la pratique et de la recherche en santé mentale. Santé mentale au Québec est indexée dans différents répertoires scientifiques dont Medline. Elle reçoit des subventions de différents organismes sur la base d’évaluations faites par des comités de pairs lors de concours publics. Afin de diffuser davantage les travaux des collaborateurs et collaboratrices, Santé mentale au Québec fournit un résumé de chaque article en quatre langues : français, anglais, espagnol et portugais, les quatre langues des Amériques. Il en est de même pour son site.

Grâce à une collaboration interuniversitaire, Santé mentale au Québec offre aux lecteurs la possibilité de consulter les articles antérieurs, sur les deux sites suivants : http://www.teluq.uquebec.ca/smq/ et http://www.erudit.org/revue/smq/. À l’exclusion des articles des trois dernières années, tous les autres peuvent être consultés intégralement et gratuitement.

Santé mentale au Québec est disponible sous format papier ou sous format électronique. Pour connaître les tarifs, prière de consulter la section Abonnements.

Santé mentale au Québec est demeurée fidèle tout au long de son existence à ses objectifs initiaux : répondre aux besoins de perfectionnement des professionnels de la santé mentale, et de formation des étudiants collégiaux et universitaires dans les diverses disciplines impliquées dans ce champ d’activités (psychiatrie, psychologie, travail social, sciences infirmières, ergothérapie, etc.), et rapprocher le milieu de la recherche et de la pratique en vue d’améliorer la qualité des interventions en santé mentale. S’adaptant aux préoccupations des diverses époques, elle a su rallier l’ensemble des intervenants en santé mentale autour de thèmes mobilisateurs, et refléter leurs préoccupations et leurs conceptualisations. Santé mentale au Québec a su être le miroir du développement de la santé mentale au Québec. Le mérite en revient à ses collaborateurs et collaboratrices et à ses lecteurs.

Santé mentale au Québec reçoit une aide financière sous forme de subventions des organismes suivants : le ministère de la Santé et des Services sociaux, et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Santé mentale au Québec les remercie pour leur soutien.

LIRE ÉGALEMENT: 

La revue Santé mentale au Québec.
Syndromes de « la patate chaude » ou du « pas dans ma cour »

Garde illégale en psychiatrie: demande d'enquête à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse

MONTRÉAL, le 25 janv. /CNW Telbec/ - Le groupe Action Autonomie, le collectif pour la défense des droits en santé mentale de Montréal a déposé aujourd'hui une plainte à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse concernant l'application de la Loi sur la protection des personnes dont l'état mental présente un danger pour elle-même ou pour autrui.

La demande d'intervention est fondée sur les résultats d'une étude réalisée par Action Autonomie à partir de tous les jugements rendus en matière de garde en établissement dans le district de Montréal pour l'année 2008. Cette recherche démontre clairement des détentions illégales ainsi que la privation de droits fondamentaux. Elle laisse plusieurs questions sans réponse, notamment, concernant la garde préventive, le consentement aux soins, et le droit d'être informé de ses droits et recours.
Selon monsieur Ghislain Goulet, organisateur communautaire à Action Autonomie : "La privation illégale de la liberté des personnes qui ont des problèmes de santé mentale représente une forme d'exploitation fondée sur le handicap au sens de la Charte des droits et libertés de la personne".
Cette étude démontre que plusieurs centaines de personnes sont détenues dans des établissements de santé pendant près d'une semaine, et ce, sans autorisation judiciaire, ce qui est totalement illégal. C'est la situation dans 85 % des requêtes en garde en établissement.
D'autre part, plus de 1329 requêtes pour garde en établissement ont été présentées sans qu'aucune ordonnance d'examens psychiatriques n'ait été obtenue par les établissements. Ceci laisse croire que ces 1329 personnes contestant leur garde en établissement, auraient fourni un consentement libre et éclairé pour subir les évaluations psychiatriques. Action Autonomie en doute fortement, la logique et les nombreux témoignages recueillis dans sa pratique l'incitant plutôt à une conclusion d'abus de droit.
En dernier lieu, les personnes sont laissées à elles-mêmes en situation de grande vulnérabilité. Monsieur Goulet nous informe : "Selon les gens rencontrés, nous constatons qu'il y a de graves lacunes au niveau du droit à l'information sur les droits et recours".
Le groupe de défense des droits réclame depuis près de 10 ans une évaluation de l'application de la Loi ainsi que des mécanismes de suivi et d'évaluation continus de l'application de cette loi d'exception qui permet de priver de liberté des innocents. Compte tenu de nombreuses dénonciations en la matière ces dernières années, le Protecteur du citoyen en a fait un dossier d'enquête systémique à l'automne 2008. Son rapport est attendu.
Renseignements: Ghislain Goulet, (514) 525-5060; Recherche disponible sur www.actionautonomie.qc.ca

 

Jeunes gais et lesbiennes : Traiter l'anxiété, prévenir le suicide

Une prévention mieux ciblée de la part des professionnels en santé mental pourrait bien aider à prévenir de nombreux suicides chez les jeunes gais et lesbiennes.

Souce: Radio-Canada internet, Science et Santé, 25 janvier 2010

Des chercheurs montréalais de l'Institut universitaire en santé mentale Douglas ont montré que les jeunes homosexuels présentent douze fois plus de risque de souffrir de problèmes d'anxiété que les autres. La Dre Johanne Renaud et ses collègues constatent par ailleurs que les jeunes gais qui se suicident ont en grande majorité consulté auparavant un professionnel de la santé ou un psychiatre, et ont même été hospitalisés. Selon les auteurs, ces résultats doivent être pris en compte par les divers intervenants qui doivent considérer les troubles d'anxiété chez les jeunes comme un facteur de risque de suicide et mettre sur pied un meilleur plan de prévention.

Cette recherche est la première à se pencher sur l'orientation et l'identité sexuelle comme facteur de risque de suicide. Pour en arriver à cette conclusion, les auteurs ont étudié les cas de 55 enfants et adolescents qui se sont enlevés la vie et de 55 sujets témoins de la collectivité ainsi que des proches.

Le détail de cette recherche est publié dans la Revue canadienne de psychiatrie (anglais seulement)


Selon l'organisme Gai Écoute, les jeunes homosexuels présentent un risque de suicide de 6 à 14 fois plus élevé que les jeunes hétérosexuels.

L'épuisement professionnel coûte cher

Au Québec, on n'a pas vu de vagues de suicides comme chez France Telecom, mais les congés de maladie en raison de problèmes de santé mentale explosent littéralement. Dans le milieu de la santé, le tiers des congés prolongés sont liés à ces pathologies, a-t-on appris cette semaine. Dans la population en général? Ce n'est vraiment pas plus reluisant, quand on regarde les chiffres de près.

Katerine Brisebois raconte qu'elle était un vrai petit pitbull. Un pitbull, normalement, ce n'est pas un chien très sympathique. En journalisme, par contre, être pitbull, c'est souvent bien vu.

Elle était donc un pitbull de la télévision. Performante, perfectionniste, du genre de celles qui se retrouvent vite à «la grosse antenne», comme on dit. Partout. Elle était partout.

On avait besoin de ses services en région? Elle partait en région. «À un moment donné, en deux ans, j'ai déménagé dans cinq villes différentes.»

Puis un jour... crac. Cassée, la fille. «Un jeudi, le médecin m'a annoncé que j'étais en dépression majeure. Et quelle a été ma première pensée? Le travail. J'avais tel dossier sur mon bureau, telle et telle personne à rappeler, ça ne se pouvait pas que je m'absente là, tout de suite, pour longtemps.»

«En plus, quand les gens apprennent que t'as un burn-out, ce n'est pas comme pour une autre maladie: les petits messages et les appels de prompt rétablissement, moi, je n'y ai pas eu droit.»

Et c'est sans parler de la reprise du travail, raconte-t-elle, au cours de laquelle le malaise est palpable.

«Quand j'ai été remise sur pied, j'ai tenté d'être affectée à d'autres tâches, mais j'ai eu une fin de non-recevoir. J'ai démissionné.»

Au cours des sept dernières années, Katerine Brisebois a voyagé beaucoup, fait des piges pour les Nations unies, fait un peu de travail humanitaire et découvert les mérites de la méditation.

Claude Di Stasio, porte-parole de l'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes, indique qu'au Québec, les problèmes de santé mentale représentent 40% de toutes les prestations versées aux employés.

Pour le Québec, en 2007, cela représentait 590 millions de dollars. «Les problèmes de santé mentale arrivent au premier rang des prestations versées, bien devant les problèmes cardiovasculaires ou musculo-squelettiques - les fameux problèmes de dos, par exemple», indique Mme Di Stasio.

Les assureurs privés sont très préoccupés par l'ampleur du problème, dit Mme Di Stasio, et sont de plus en plus conscients de l'importance de la prévention. «On sait très bien qu'une personne en arrêt de travail pendant trois mois a toutes les chances de réussir sa réinsertion; après six mois, le retour est difficile; après deux ans, à peine 5% reprennent le boulot.»

Ça coûte cher...

À la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), les données sont tout aussi alarmantes. En 1996, les problèmes de santé mentale entraînaient, annuellement, des déboursés de 6,5 millions. En 2007, on en était à 15,1 millions: en 1995, la CSST a relevé 895 «lésions», comme elle les appelle. En 2007? Pas moins de 1209.

«L'invalidité liée à la santé mentale est de plus longue durée que pour d'autres pathologies et ça ajoute au problème, relève Jacques Parent, vice-président principal des assurances collectives à l'Industrielle Alliance. À la veille de reprendre le travail après trois semaines de vacances, on est toujours un peu nerveux, imaginez quand ça fait trois ou quatre mois que vous n'y êtes pas allé.»

Inquiétude

Florent Francoeur, président de l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, signale qu'il ne faut pas se faire d'illusions. «Il serait de bon ton de dire que ce sont pour des motifs humains que les entreprises se penchent davantage sur ces questions, mais ce n'est pas le cas: les entreprises voient leurs coûts d'assurances exploser, et ça inquiète beaucoup.

«Lors des crises précédentes, poursuit-il, les employeurs se disaient qu'ils n'avaient qu'à mettre des gens à pied au creux de la vague et à les réembaucher ensuite, mais les pénuries actuelles de main-d'oeuvre incitent maintenant à plus de prudence. On cherche maintenant à sabrer ailleurs, notamment dans les coûts de plus en plus élevés liés aux assurances.»

Au surplus, les nouvelles vont vite, fait aussi remarquer M. Francoeur. Aucune entreprise n'a intérêt à être identifiée, dans un milieu donné, comme un endroit où les gens tombent comme des mouches.

En France, qui aura envie d'aller travailler chez France Telecom, dont 26 de ses employés se sont suicidés au cours des 18 derniers mois? En tout cas, là-bas, on ne prend pas cela à la légère: pas moins de 80 000 salariés ont dû répondre à un questionnaire sur le stress et 1000 personnes, choisies au hasard, feront l'objet d'une entrevue individuelle, afin d'en savoir plus sur le malaise profond de l'organisation.

Plusieurs facteurs

La charge de travail demeure le principal facteur pouvant mener à un épuisement professionnel, mais c'est loin d'être le seul, signale Nicolas Chevrier, psychologue du travail aux Services psychologiques Séquoia.

Dans la littérature scientifique, dit-il, cinq autres causes principales sont mentionnées. L'appui que l'on reçoit ou que l'on ne reçoit pas de ses pairs et de ses patrons est déterminant. La reconnaissance - par des prix ou autres - compte aussi beaucoup. Nos valeurs correspondent-elles ou pas à celles de notre entreprise? Ce facteur est également très important. Les employés doivent aussi sentir qu'ils sont traités équitablement et qu'il n'y a pas de favoritisme au sein de l'entreprise. Enfin, l'impression d'avoir une certaine maîtrise de son travail - des tâches claires, des objectifs précis et réalistes - facilite grandement la vie d'un employé. Cela étant dit, ajoute M. Chevrier, un mauvais climat de travail et un patron cruel n'expliquent pas tout. «On estime en gros que l'épuisement professionnel est causé à 60% par l'organisation, et que 40% est attribuable à l'individu, à sa personnalité, à sa façon de réagir.»

SOURCE: La Presse Affaires, Louise Leduc, 21 novembre 2009

La thérapie avant les pilules

Le Soleil, lettre au lecteur, 20 janvier 2010 par Paul Loubier, psychologue, et administrateur Association des psychologues du Québec 

L'écho important accordé à l'étude démontrant le peu d'effet des antidépresseurs, lorsqu'il s'agit de traiter une dépression légère ou modérée, ne surprend pas les psychologues. 

Nous sommes habitués de traiter des personnes affectées par des symptômes dépressifs, d'intensité variée, et il est reconnu par une part significative des médecins que dans les cas non sévères, la psychothérapie est le premier choix.

Ce type de traitement a l'avantage de remettre la personne en charge de sa santé mentale en l'amenant à mieux comprendre comment les stresseurs présents dans sa vie peuvent l'affecter. Le processus thérapeutique permet alors d'installer de nouvelles manières de composer avec ces stresseurs et d'en retirer, la plupart du temps non seulement un soulagement des symptômes mais en plus un sentiment de satisfaction plus grand, dans les sphères importantes de sa vie. De plus, le traitement psychologique a l'avantage d'apporter aux personnes affectées par la dépression des notions et des moyens qui continueront à leur être utile longtemps après la disparition de l'état dépressif pour lequel elles ont consultées.

Quant à la question des coûts face à la dépression, il semble qu'un déséquilibre existe quant aux sommes allouées aux divers traitements pour cette maladie. En effet, si la couverture d'assurances pour la médication permet, au Québec, de défrayer les coûts d'une médication parfois abondante et de longue durée, il en est autrement des traitements psychothérapeutiques. Dans le réseau public, le nombre d'entrevues possible pour une dépression est très restreint, parfois à seulement six séances. Du côté du privé, il n'est pas rare que des gens ne disposent que d'un plafond annuel de 300$ ou 500$, alors que ce montant ne permettra pas plus de six ou huit entrevues, en fonction du pourcentage remboursé. Ne serait-il pas temps que l'on octroie une plus grande part de nos ressources à la psychothérapie, puisque dans les deux tiers des cas de dépression, il s'agit du traitement de premier choix? Les protocoles d'intervention adaptés à la dépression demandent que l'on puisse voir le patient de dix à quinze fois pour qu'une action thérapeutique valable soit apparue. C'est là un objectif thérapeutique et financier qu'il est très raisonnable de viser.
 

Les antidépresseurs sont inefficaces pour 70 % des patients

   Nombreux sont ceux qui y ont recours pour le moindre vague à l'âme qui persiste. Le soulagement qu'ils procurent est responsable de leur énorme succès. Pourtant, selon une étude parue hier dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), les antidépresseurs ne seraient pas plus efficaces qu'un placebo contre les états dépressifs légers à modérés. Ils ne seraient véritablement nécessaires que pour soigner les dépressions sévères. Or, dans la pratique, près de 70 % des patients auxquels on prescrit un antidépresseur souffrent d'une dépression légère à modérée.

Pour en arriver à une telle conclusion, les chercheurs de l'Université de Pennsylvanie, à Philadelphie, ont réalisé une grande analyse (une méta-analyse) de six essais cliniques qui ont consisté à comparer un antidépresseur à un placebo pendant au moins six semaines. Sur les 718 patients au total qui participaient à ces essais cliniques, 180 présentaient une forme légère de la maladie, 255 une forme dite modérée et 283 souffraient de dépression profonde.

Les chercheurs ont découvert que l'efficacité des antidépresseurs variait considérablement en fonction de la sévérité des symptômes. «L'effet de ces médicaments par rapport au placebo était minimal ou inexistant en moyenne chez les patients présentant des symptômes légers à modérés. Par contre, les bienfaits de la médication dépassaient largement ceux du placebo chez les patients atteints de dépression très sévère», indiquent les chercheurs dans la dernière édition du JAMA. Les auteurs espèrent que les cliniciens et les éventuels patients seront informés de cette importante distinction, car elle signifie que les dépressions légères à modérées pourraient être traitées par des approches alternatives, comme la psychothérapie ou l'exercice physique, étant donné que les médicaments antidépresseurs ne semblent pas aider les patients beaucoup plus qu'un simple placebo.

Les chercheurs rappellent que «les médecins qui rédigent les ordonnances, les décideurs politiques et les consommateurs ne sont peut-être pas conscients que l'efficacité des antidépresseurs a généralement été établie sur la base d'études qui ne portaient que sur des individus souffrant des formes les plus sévères de dépression. Or, cette importante information ne figure pas dans les messages publicitaires qui sont adressés aux cliniciens et au public».

Le Dr Pierre Landry, psychiatre à l'hôpital Louis-H. Lafontaine, confirme que le taux de réponse au placebo est effectivement élevée dans les études en général. «Mais, une fois les études terminées, les personnes qui reçoivent un placebo rechutent plus souvent, voire plus rapidement dans l'année qui suit que celles à qui on administre des médicaments antidépresseurs», précise-t-il, avant d'ajouter que «les patients qui participent à une étude de six semaines reçoivent une attention qu'ils n'avaient pas auparavant et qui participe, pour une grande part, à l'effet placebo. Sauf que quand ce suivi s'arrête à la fin de l'étude, le risque de rechute est plus élevé».

Le Dr Pierre Blier, chercheur à l'Institut de recherche en santé mentale de l'Université d'Ottawa, fait remarquer à son tour que quand la dépression est peu sévère, il est plus difficile de mettre en évidence l'effet de l'antidépresseur par rapport à l'effet placebo, notamment en raison de l'«effet psychothérapeutique que peut avoir l'encadrement du patient» qui, au cours de l'étude, est suivi régulièrement par un médecin, un psychiatre et un assistant de recherche, et a la possibilité de parler à une infirmière en tout temps.

«Pour évaluer l'efficacité des antidépresseurs, il faut mener des études d'une durée de six mois, comme cela est requis en Europe, et non de six semaines [comme celles qui ont été sélectionnées dans la méta-analyse publiée dans le JAMA], car la dépression n'est pas une maladie aiguë. Autrement, c'est comme si on essayait d'évaluer des programmes permettant de perdre du poids sur une période de six semaines. Les participants pourront perdre 10 livres par semaine, mais s'ils regagnent tout le poids qu'ils ont perdu au cours des six mois qui suivent, on ne pourra pas dire que le traitement est efficace. Quand on parle de l'efficacité d'un antidépresseur, il faut fonder son jugement sur ses effets à long terme», car, rappelle-t-il, des études ont montré que l'effet placebo ne se prolonge pas dans le temps. Il donne l'exemple de patients qui avaient bien répondu au placebo pendant les six semaines de l'étude, mais qui au terme de celle-ci avaient rechuté. Ces patients se sont toutefois rétablis lorsqu'on leur a donné des antidépresseurs.

Pour le Dr Blier, il ne fait aucun doute que les antidépresseurs sont efficaces pour toutes les formes de dépressions, à l'exception de celles qui sont réfractaires à tout médicament. «Leur efficacité est simplement plus facile à voir chez les personnes sévèrement déprimées, car elles sont moins sujettes à l'effet placebo», indique-t-il.

Loin de contredire l'étude du JAMA, le Dr Pierre Landry affirme pour sa part que «les personnes qui souffrent d'une dépression légère pourraient être traitées autrement qu'avec un antidépresseur». «Je n'irais pas jusqu'à dire que les antidépresseurs sont inefficaces pour traiter les dépressions plus légères, ils le sont, mais il y a d'autres approches qui sont tout aussi efficaces», dit-il.

«Personne ne sera contre ça [d'autres approches], poursuit-il, sauf que des fois, les clients ne veulent pas suivre une psychothérapie. Ils trouvent qu'ils n'ont pas le temps de venir toutes les semaines pour rencontrer un thérapeute et que ça coûte trop cher. Ils préfèrent avoir un médicament qui sera couvert en partie par la RAMQ.»

Source: Le Devoir, 07-01-10 / Pauline Gravel, journaliste / Jacques Nadeau, photographe                   

Protéger son cerveau

La lutte contre l'Alzheimer passe par un mode de vie sain pour maintenir une bonne santé cérébrale

Derrière le raz-de-marée fataliste de chiffres catastrophes publiés en début de semaine sur la maladie d'Alzheimer se cache aussi l'espoir.

 

Le Devoir, 09 janvier 2010,Louise Maude Rioux Soucy
 
Pas encore celui de guérir, certes, mais certainement celui de recourir à de nouvelles armes pour en retarder l'issue inévitable. Retour sur un changement de paradigme qui promet plus de beaux lendemains.

Entraîner son corps et ses méninges pour éloigner la maladie d'Alzheimer et les démences qui y sont apparentées. Il y a une décennie à peine, la formule aurait été tournée en dérision tant ce mal qui s'attaque à la mémoire et au raisonnement paraissait inéluctable. Mais depuis que la science a mis au jour la composante vasculaire de ce sapeur d'autonomie qui touchera 1,1 million de Canadiens d'ici une génération, on apprend peu à peu à apprivoiser la notion de santé cérébrale et, du coup, à protéger son cerveau... comme on prend soin de ses artères.

Les médecins ont longtemps considéré l'alzheimer comme une maladie dégénérative induite par des facteurs bien précis, tels que l'âge et l'hérédité, sur lesquels ils n'avaient aucune prise. C'est encore vrai aujourd'hui, du moins en partie, puisqu'à ceux-là s'ajoutent désormais d'autres facteurs de risque sur lesquels il est désormais possible d'agir concrètement, explique le Dr Fadi Massoud, directeur scientifique de la Clinique de la mémoire du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).

Depuis cinq à dix ans, les scientifiques s'intéressent de près à ce qu'ils appellent la composante circulatoire de l'alzheimer, raconte l'interniste-gériatre. «On a découvert que les facteurs de risque vasculaires n'interviennent pas seulement dans les crises de coeur ou les AVC, mais aussi dans les problèmes de mémoire sérieux comme la démence ou la maladie d'Alzheimer. Tout cela a ouvert la porte à de nouveaux champs d'étude en prévention et en intervention.»

Les bonnes habitudes

C'est ainsi qu'on a pu comprendre que la prévention et la prise en charge précoces de l'hypertension, du diabète ou des problèmes de cholestérol contribuent «à réduire le risque de développer ou d'aggraver ce genre de démence», résume le Dr Howard Bergman, qui a présidé le comité d'experts mandaté par Québec en vue d'élaborer un plan d'action contre l'alzheimer. Cette prise de conscience a donné tout son sens à la notion de bonne santé cérébrale et entraîné avec elle un chapelet de bonnes habitudes à prendre, un peu comme le font ceux qui veulent maintenir une bonne santé cardiaque.

Des études ont en effet démontré qu'être actif régulièrement, à raison de trois ou quatre fois par semaine à intensité modérée, en faisant du vélo ou de la marche rapide par exemple, ralentit les effets du vieillissement normal sur le cerveau. Les aînés qui s'astreignent à une telle routine ont aussi de meilleures capacités sur les plans de la concentration, de l'attention et de la mémoire, raconte Dave Ellemberg, professeur en kinésiologie à l'Université de Montréal.

«Quand on utilise des outils un peu plus pointus, comme l'imagerie cérébrale, on voit que ce même programme d'entraînement qui génère une augmentation des capacités cognitives cause aussi une augmentation de la densité neuronale dans certaines régions du cerveau, surtout celles qui sont impliquées dans la mémoire.» Les modèles chez l'animal montrent également que l'activité physique favorise la multiplication de neurotransmetteurs jouant un rôle dans la mémoire et l'attention, ajoute celui qui est aussi neuropsychologue.

Gagner du temps

Si l'on sait que l'exercice physique modifie l'architecture ou la densité neuronale du cerveau, on ignore par contre où se situent les limites de ce facteur de protection. Les spécialistes s'entendent toutefois pour dire que le maintien d'un corps sain dans un esprit sain peut retarder l'apparition de l'alzheimer significativement, fait valoir Amélie Giguère, porte-parole de la Société Alzheimer de Montréal. «Plusieurs études ont montré que l'activité physique et de bonnes habitudes de vie peuvent retarder jusqu'à deux ans la maladie.»

Dans son rapport déposé en mai dernier, le Dr Bergman cite lui aussi une panoplie de facteurs protecteurs liés aux bonnes habitudes de vie: activité physique, saine alimentation, cessation du tabagisme, consommation modérée d'alcool ou encore maintien d'une activité intellectuelle et sociale stimulante. «Mais attention, ce ne sont pas des panacées. Un mode de vie sain n'évite pas la maladie ni ne la guérit. Cela peut seulement réduire les risques de la développer ou, à tout le moins, en ralentir la progression», prévient le professeur titulaire aux départements de médecine, de médecine familiale et d'oncologie de l'Université McGill.

Une formule semblable est présentement à l'étude auprès d'un groupe d'aînés suivis dans le cadre du projet «Muscler vos méninges» dirigé par la chercheuse Sophie Laforest et auquel participe aussi Dave Ellemberg. À son sens, ce sont surtout les effets cumulatifs de tous ces facteurs de protection qui sont intéressants. «On se dit que si huit semaines d'activité et de mode de vie sain peuvent avoir un impact sur la maladie, c'est sûr que, si on fait ça toute notre vie, ça peut laisser une trace permanente et s'accumuler au fil des ans.»

Dans le rapport d'experts qu'il a présidé, le Dr Bergman ajoute à cette longue liste deux autres facteurs de risque qui doivent être pris en compte dans l'examen de cette maladie complexe dont on ignore encore les origines. Le premier est lié aux traumatismes crâniens. Des études récentes ont permis de conclure que «les boxeurs et les footballeurs sont très à risque de développer des maladies comme le parkinson, l'alzheimer ou d'autres démences, un peu comme Mohammed Ali», raconte le gériatre.

Le second facteur suggère que les années passées sur les bancs d'école ont un impact sur la quantité de ramifications neuronales d'une personne. Une étude très intéressante a été réalisée sur une communauté de soeurs américaines, raconte le Dr Bergman. «On a étudié les compositions que ces soeurs avaient écrites lorsqu'elles avaient 15 ans. On a découvert que les compositions les moins élaborées et qui comportaient le plus d'erreurs étaient celles des soeurs qui souffrent aujourd'hui de démence.»

Reprendre le contrôle

Mises bout à bout, toutes ces informations, aussi fragmentaires et imprécises soient-elles, permettent de redonner un peu de pouvoir à ceux qui ont reçu le diagnostic comme une fin de non-recevoir et une irrémédiable perte de contrôle. Mais encore faut-il qu'elles circulent, s'inquiète le Dr Massoud, qui estime qu'il faut éduquer la population et sensibiliser le corps médical à l'importance de se mobiliser autour de ces enjeux cruciaux.

Déjà, certains ont flairé la bonne affaire. On a vu apparaître ces dernières années des programmes comme NeuroActive ou Brain Age qui promettent justement de muscler les méninges. Faut-il s'en méfier? Oui et non, répond le Dr Massoud, qui souligne le caractère artificiel de ces logiciels. «C'est sûr qu'on va améliorer notre performance de façon spécifique sur une tâche précise, que ce soit une tâche de calcul ou de concentration par exemple, mais dans le quotidien, ce genre d'exercice a peu d'impact.» Ce dernier recommande plutôt des programmes comme MEMO, développé à l'Institut de gériatrie de l'UdeM, qui permettent d'intervenir sur des tâches quotidiennes par le biais d'exercices ciblés pour les personnes atteintes de démence.

Quant au reste, rien ne remplace une vie riche et stimulante. C'est aussi l'avis de Dave Ellemberg, qui voit ce genre de logiciel comme un outil parmi plusieurs autres. «C'est tout organisé, ludique. Pas besoin de se casser la tête. Mais est-ce que c'est meilleur que de faire tous les jours des mots croisés, de visiter des musées, de tricoter ou de soutenir des conversations dynamiques? Certainement pas. Et aucune étude sérieuse n'a jamais prétendu le contraire.»

Relever le défi


La réponse à l'électrochoc publié cette semaine par la Société Alzheimer n'est pas hors de portée. Elle dort sur les tablettes du ministère de la Santé et des Services sociaux. En mai dernier, un comité d'experts présidé par le Dr Howard Bergman a déposé un rapport fouillé destiné à jeter les bases d'un plan d'action pour la maladie d'Alzheimer. Intitulé Relever le défi de la maladie d'Alzheimer et des maladies apparentées - Une vision centrée sur la personne, l'humanisme et l'excellence, ce dernier propose sept actions prioritaires assorties de 24 recommandations destinées à placer le Québec parmi les meilleurs au monde. Un dossier à suivre de toute urgence.

Le rapport Bergman en sept points

- Sensibiliser, informer et mobiliser la population.

- Assurer l'accessibilité à des services personnalisés et coordonnés d'évaluation et de traitement pour les personnes atteintes et les proches aidants.

- Promouvoir la qualité de vie, offrir l'accès au soutien à domicile et le choix d'un milieu de vie de qualité aux stades avancés de la maladie.

- Encourager des soins de fin de vie de qualité, pertinents sur le plan thérapeutique.

- Soutenir les proches aidants.

- Développer et soutenir les meilleures pratiques.

- Mobiliser tous les acteurs des secteurs public, universitaire et privé autour de la recherche.
 

Santé mentale et justice

Le dernier numéro de Santé mentale au Québec (automne 2009) a pour thème  La santé mentale et la justice.

On y traite entre autre de la double marginalisation quand on est à la fois malade et criminalisé, les droits du patient, les directives psychiatriques anticipées, les lois en matière de santé mentale au Canada, les tribunaux de santé mentale.
Pour plus d’information, consultez le numéro en question :
(2009) Dossier Santé mental et justice. Santé mentale au Québec, XXXIV(2).
 
L'institut universitaire en santé mentale Douglas propose également un dossier Justice et santé mentale

Le domaine « Justice et santé mentale » consiste à évaluer et à intervenir auprès des personnes qui ont un trouble mental ou une déficience intellectuelle et qui ont été mises en contact avec le système judiciaire. La présente section explore les thèmes suivants :

 

Santé mentale et prison: Des drames qui pourraient se reproduire

Source: Radio Canada Informations, 09 janvier 2010

Les images d'Ashley Smith obtenues par la CBC continuent de susciter des réactions. La Société John Howard, qui défend les droits des détenus, n'est pas surprise du contenu de ces vidéos, qui montrent le traitement subi par l'adolescente durant son incarcération.

Rappelons qu'Ashley Smith a fini par s'enlever la vie en 2007 dans sa cellule de la prison pour femmes de Kitchener. Une vidéo, diffusée vendredi sur les ondes de la CBC, montre comment la jeune femme, qui avait des problèmes de santé mentale, s'est fait maîtriser de force par des agents correctionnels à plusieurs reprises.

Selon le directeur général de la Société John Howard, Craig Jones, il ne fait aucun doute que d'autres détenus avec des problèmes de santé mentale finiront leur vie dans des circonstances similaires à celles entourant la mort d'Ashley Smith.

Il affirme que ce genre de tragédies se répétera tant et aussi longtemps que les détenus aux prises avec de graves maladies mentales continueront à joindre le reste de la population carcérale qui ne cesse de croître, et cela, à un moment où Ottawa tente de réduire les services.

Un phénomène à la hausse

Rappelons que l'enquêteur correctionnel a confirmé dans un rapport le mois dernier que le nombre de décès attribuable à des causes non naturelles a connu une hausse spectaculaire de 70 % l'année dernière comparativement à 2008. La majorité de ces décès étaient des suicides.

L'enquêteur correctionnel mène présentement une enquête sur au moins deux décès survenus dans des circonstances similaires à celles entourant la mort d'Ashley Smith. Il n'a pas voulu faire de commentaires, mais les deux décès seraient survenus notamment à cause d'une réponse inadéquate du personnel carcéral.

Selon Craig Jones, le gouvernement de Stephen Harper doit changer d'approche. M. Jones estime qu'il faut abandonner l'idée selon laquelle le fait de punir les détenus avec des problèmes de santé mentale permettra de mettre fin à leur comportement autodestructeur.

Pour consulter le dossier complet de Radio Cananda

Une vie brisée

Frédéric Émond, à force de persévérance, avait réussi à compléter son cégep en sept ans, dans le but de s'inscrire à l'université. 

CyberPresse, Opinions, Roberte Lachance. L'auteure est la mère d'un fils schizophrène.

 Fred a été diagnostiqué schizophrène au début de la vingtaine, il y a plus de 10 ans. Tous les parents d'un enfant schizophrène pourraient témoigner des expériences incroyables, généralement difficiles, qui précèdent le diagnostic. Conformément au diagnostic, il a été considéré inapte au travail et il vit depuis ce temps de l'aide sociale.

Comme famille, nous avons quand même eu de la chance, parce que Fred a accepté de prendre sa médication depuis le tout début et n'a jamais cessé. Donc, pas de rechute. C'est dans son petit appartement, aux stores continuellement fermés, qu'il a commencé à suivre des cours à distance, financés par sa famille, qui lui ont permis de décrocher son diplôme au cégep après sept ans de persévérance et d'efforts. Sa motivation était de se rendre à l'université.

Supporté par ses parents et une équipe médicale compétente, Fred a réussi il y a cinq ans à quitter la Rive-Sud pour aller habiter à Montréal, et ainsi se rapprocher de l'université où il s'est inscrit à des cours du soir. Les parents de personnes atteintes seront en mesure de comprendre tout le cheminement qu'exige un tel changement pour une personne ayant une problématique de santé mentale. Gérer son budget, son épicerie, retrouver une autonomie, le déménagement, la recherche d'appartement compliquée par le fait que la personne reçoit de l'aide sociale... Il doit aussi vaincre les bains de foule en prenant le métro, l'autobus, faire partie d'un groupe malgré le fait qu'on a parfois l'impression que les gens parlent de nous, nous regardent, s'impliquer dans des travaux de groupe. Il y a aussi l'insécurité que le métro ferme, la crainte d'être en retard... Ce ne sont que quelques exemples qui compliquent la vie de ces personnes comparativement aux «autres».

Fred a réussi à passer à travers toutes ces étapes jusqu'en octobre dernier. Jusqu'à ce qu'il reçoive un appel de son agente d'aide sociale, qui lui dit tout bonnement qu'il doit rembourser tout près de 9000?$. Pourquoi? Il n'a pas fraudé, il n'a pas volé. Il s'est seulement inscrit trois fois à trois cours par session durant les 10 dernières années, sans savoir que c'était défendu, afin de finir plus tôt ses études et ainsi de pouvoir, comme toute personne normale, se retrouver sur le marché du travail avant d'être trop âgé.

Mais on lui a dit qu'il n'avait pas le droit à s'inscrire à plus de deux cours par session; même si ses tentatives se sont révélées négatives pour lui, à cause du stress que lui causaient trois cours en même temps, on lui a demandé de rembourser les prestations reçues pendant les périodes où il était inscrit à trois cours à la fois.

Devant les difficultés que représente pour lui cette situation, et malgré l'aide de son psychiatre, son travailleur social, sa psychologue et sa famille pour le soutenir... démotivation! Plus capable de suivre les cours auxquels il était inscrit à l'automne, il les a abandonnés, complètement démotivé à continuer les cours de la session d'hiver.

Pour une personne schizophrène, fonctionner au quotidien avec un stress semblable, avec l'obligation d'avoir à rembourser 100$ par mois avec un budget déjà très restreint, c'est effrayant. Et, en plus, se défendre face à cette bureaucratie demande énormément d'énergie et perturbe autant le sommeil que le quotidien.

Qui sont donc ces agents qui apprennent par téléphone à une personne atteinte de maladie mentale une mauvaise nouvelle de cette ampleur pour eux? Quelle est leur formation ou leur compétence pour agir de cette façon? Fred a quand même la chance d'être supporté par un bon réseau, mais qu'en est-il de beaucoup d'autres qui n'ont pas cette chance? Quel est l'impact d'un tel appel sur une personne ayant une problématique de santé mentale qui est complètement seule?

L'impact pour Fred? Par son zèle ou la structure administrative, une agente vient, par un seul appel téléphonique, de briser la vie d'un jeune adulte de 31 ans qui essayait de s'en sortir.
 

Photo Alain Roberge, La Presse

 
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